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Agriculture biologique : de quoi on parle au juste?

par | Mai 3, 2018 | Article

Bobby Grégoire

Bobby Grégoire

Co-initiateur de l'Atelier du Goût

bobby.gregoire@atelierdugout.ca

Une ferme en agriculture biologique, à proprement parler, n’est pas celle qui utilise certaines méthodes et substances et qui en évite d’autres, c’est une ferme dont la structure imite la structure d’un système naturel qui a l’intégrité, l’indépendance et la dépendance bénigne d’un organisme” – Wendell Berry, The gift of good land (1981)

Si je te dis produit bio, tu me réponds probablement qu’il s’agit d’un aliment bon pour l’environnement ou meilleur pour ta santé non?

En fait oui et non. Il est meilleur pour l’environnement ça c’est sans aucun doute. Meilleur pour ta santé, ce n’est pas réellement prouvé même si de plus en plus d’études pointent dans cette direction en affirmant par exemple qu’un aliment biologique serait plus nutritif alors que d’autres études disent qu’il n’en serait rien.

Une chose est sûre : en mangeant biologique, tu diminues grandement le nombre d’expositions directes aux contaminants laissés par la production agro-industrielle sur tes aliments et dans l’environnement tel que les pesticides et les neurotoxines résiduelles.  C’est quand même bien quand on apprend dans l’éditorial du  Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire du 10 avril 2018 de l’Agence de Santé publique France que l’exposition aux pesticides pourrait être liée à l’augmentation de la maladie de Parkinson.

Les principes directeurs de l’agriculture biologique :

L’agriculture biologique, c’est une forme de production qui est basée sur des pratiques plus saines que l’agro-industrie, qui cultive d’abord le sol pour qu’il soit riche et vivant.

En fait, c’est justement en réaction à l’agro-industrie productiviste (l’approche productiviste de l’agriculture industrielle) et son utilisation croissante de l’agrochimie et l’utilisation d’engrais minéraux de synthèse en agriculture dans les années 1930 qui a jeté les bases d’une vision de l’agriculture biologique. Mais bien plus que ça, c’est l’abandon de principes d’agriculture tel que; une vision holistique du système agricole qui prend en compte l’ensemble des cycles de vie des aliments et matières requises à la production, une conception matérialiste et de consommation de masse au détriment de la qualité et du goût, la prise de contrôle du domaine agricole par la finance spéculative de Wall street et l’adoption d’une vision réductionniste de la ferme qui détériore les sols et pousse à précariser le métier d’agriculteur qui créera le mouvement biologique à la moitié du XXe siècle.

Cette vision n’est pas très loin de celle présentée par l’Agence canadienne d’Inspection des Aliments (ACIA) qui régit la norme biologique canadienne :

« un système de gestion holistique qui vise à maximiser la productivité et à favoriser la santé des diverses communautés de l’agroécosystème, notamment les organismes du sol, les végétaux, les animaux et les êtres humains. Le but premier de la production biologique est de développer des exploitations durables et respectueuses de l’environnement. »

La norme biologique implique la gestion active d’un système de production et pas seulement le non-usage de substances prohibées et le remplissage de certains registres par l’agriculteur. C’est marier les techniques traditionnelles, aux innovations modernes et à la science de l’agroécologie.

 

Oui, mais les avantages là?

Les avantages de l’agriculture biologique sont surtout perceptibles sur l’environnement. Avec une culture diversifiée et moins intensive contrairement aux monocultures, nous diminuons l’érosion des sols et nous avons un meilleur contrôle sur la qualité de l’eau. Ce que l’on oublie, c’est qu’une grande partie du problème des algues bleu vert d’il y a quelques années fut causée par une surabondance dans les cours d’eau de fertilisants chimiques excédentaires (phosphores) utilisés, en agriculture “conventionnelle” productiviste. Cela à même mené le gouvernement du Québec de l’époque à mettre en place un plan d’action pour la réduction de l’utilisation de phosphore pour régler le problème.

Le plus grand avantage du biologique est la traçabilité des aliments, mais aussi l’assurance de ne pas polluer notre environnement. L’agriculture conventionnelle (agro-industrielle productiviste) n’est pas aussi suivie et dans le cas de contamination à la salmonelle ou E.Coli par exemple, il peut être parfois beaucoup plus difficile, et donc plus long de retrouver une source de contamination.

 

L’agriculture biologique qu’est-ce que ça me garantit?

Dans les faits, un aliment biologique fait au Québec te garantit au minimum les éléments suivants :

Plantes cultivées (fruits et légumes)

  • Pas de pesticides ni d’herbicides chimiques. On effectue plutôt du désherbage mécanique ou thermique. On pratique la lutte biologique pour protéger les cultures plutôt que de tuer tous les insectes ;
  • Pas de fertilisants de synthèse ni de boues d’épuration. On renforce plutôt le sol grâce à des méthodes d’agriculture éprouvées comme la rotation des cultures, l’usage d’engrais naturels et l’épandage de matières organiques compostées;
  • Pas de semences issues d’OGM et emploi exclusif des semences originales (qui sont libres de droits et brevets)

Produits animaux (viande, oeufs et poissons)

  • Pas d’antibiotiques ni d’hormones de croissance. Les agriculteurs font plutôt usage de façon thérapeutiques alternatives, tel l’homéopathie pour traiter les animaux;
  • Pas de farines animales dans la diète alimentaire. Les animaux mangent plutôt des aliments (fourrages par exemple) cultivés selon les normes biologiques, sans OGM;
  • Pas de surpopulation animale dans des bâtiments fermés . Les animaux jouissent de conditions de vie décentes comme de l’espace pour bouger, de la lumière solaire et de l’air frais;
  • Aucun animal cloné.

Produits transformés

  • Pas de colorant chimique, d’arôme artificiel, ni d’additif de synthèse afin de préserver le goût original des aliments;
  • Pas d’agent de conservation chimique;
  • Pas d’irradiation des aliments.

 

Plus qu’une certification au Québec, une appellation!

Au Québec, comme en Union européenne, la certification biologique est gérée selon le régime des appellations réservées. Pourquoi, car contrairement aux principales certifications qui sont du droit privé, la certification biologique est garantie par le droit commun, défendu par les gouvernements.

Le Québec étant la seule législation au pays, et l’une des rares en Amérique avec le Mexique à avoir mis en place des lois et règlements pour défendre le droit commun, ça tombe alors sous le sens comme pour les vins et fromages importés d’Europe et d’appellation IGP (indication géographique protégé) ou AOP (Appellation d’origine protégé)

Pour plus de détails sur les appellations, ce que c’est et leur différence, par rapport à une marque de commerce privé ou certification privée, rends-toi sur le site du Conseil des appellations réservées et termes valorisants du Québec (CARTV).

 

Comment reconnaître un produit bio?

C’est assez simple! Sur le produit, vous trouverez une mention indiquant « biologique », « bio », « organique » ou encore « écologique », mais cela n’est vraiment un produit biologique que s’il est accompagné du nom de l’organisme de certification accrédité par le CARTV. Au Québec, le CARTV à d’ailleurs issu un logo unique pour l’appellation biologique au Québec

Bien que tous les aliments biologiques entièrement produits au Québec n’arborent pas nécessairement le logo unique, les produits bio d’ici vont souvent arborer les logos de leur certificateur respectif. Les certificateurs accrédités pour les produits du Québec sont les suivants :

 

D’autres certifications biologiques, canadiennes et étrangères sont également reconnues au Québec, en voici quelques-unes :

 

Afin de t’aider à identifier un produit biologique, le CARTV a conçu un super aide mémoire  sur les éléments à chercher sur l’étiquette de tes aliments. Il est disponible -> ici 

Sinon, pour te simplifier la vie, le CARTV met aussi à disposition du public cette base de données sur les produits certifiés biologiques disponibles au Québec, peu importe qui est le certificateur accrédité.  www.produitsbioquebec.info

 

Est-ce que tous les produits bio sont égaux?

Les produits bio faits au Canada sont sensiblement égaux à l’exception de quelques critères supplémentaires de quelques certificateurs et sur les modes de production plus ou moins intensifs. Par contre, ce n’est pas nécessairement le cas avec les produits importés.

Hein? C’est que, dans le cadre de nos accords internationaux régis par l’OMC (Organisme Mondial du Commerce)  ainsi que nos accords de libre-échange, on reconnaît comme équivalent des produits certifiés biologiques dans des pays ou régions du globe dont les critères de production et transformation ne remplissent pas les normes minimales canadiennes et québécoises pour être certifié biologique si ces derniers étaient produits ici. Euh, tu me dis qu’on ne demande même pas qu’un produit étranger se conforme aux règles canadiennes minimales pour qu’il puisse être reconnu bio comme s’il était l’équivalent ici? Oui c’est ça, c’est le cas avec les États-Unis notamment. Si tu veux découvrir les autres pays avec qui on fait des “équivalences”, rends-toi sur le site de l’ACIA sur le sujet -> ici 

 

L’appellation bio, c’est pour tout le monde ?

Justement non. Pour plusieurs petits producteurs et artisans, le fardeau administratif engendré par la démarche, et disons-le, le coût qui y est relié rend le tout simplement inaccessible pour plusieurs producteurs qui voudraient pourtant l’obtenir. Autant avoir l’appellation biologique est un plus pour la mise en marché, autant le fardeau administratif et le manque de soutiens des pouvoirs publics restreint l’accès à une telle appellation bio.

Mais personnellement, une question nous chicote encore plus. Pourquoi ce sont ceux qui ont les meilleures pratiques environnementales et pour la santé humaine, et qui n’utilisent pas des produits nocifs pour l’environnement et la santé qui doivent garantir bien faire leur travail? C’est l’usage de produits de synthèse potentiellement dangereux qui doit être mieux encadré, contrôlé avec un suivi basé sur la transparence, l’indépendance de la recherche et la traçabilité.

 

C’est presque fini, j’te l’jure

Voilà c’était long, mais j’espère que cet article t’aide à mieux comprendre l’agriculture bio. Si tu veux aller plus loin et lire les normes canadiennes en vigueur pour les produits biologiques, je t’invite à te rendre -> ici